delirium

 

Titre original: The guards (2001) 384 pages

 

Pitch :

 

Il n'y a pas de détectives privés en Irlande. Les habitants ne le supporteraient pas. Le concept frôle de trop près l'image haïe du mouchard. Jack Taylor le sait. Viré pour avoir écrasé sciemment son poing sur le visage d'un ministre, cet ancien flic a gardé sa veste de fonction et s'est installé dans un pub de Galway. Son bureau donne sur le comptoir. Il est chez lui, règle des broutilles, sirote des cafés noyés au brandy et les oublie à l'aide de Guinness. Il est fragile et dangereux. Une mère qui ne croit pas au suicide de sa fille de seize ans le supplie d'enquêter. " On l'a noyée " sont les mots qu'elle a entendus au téléphone, prononcés par un homme qui savait. De quoi ne plus dormir. Surtout si d'autres gamines ont subi le même sort. Surtout si la police classe tous les dossiers un par un...

 

Avis :

 

Waouh ! Je suis encore tout ébouriffé de la rapidité avec laquelle je me suis fait happer par ce bouquin à la coloration toute irlandaise. Le stratagème est pourtant archiconnu : un privé retors et imbibé faisant face à une enquête sordide fonce tête baissée vers les ennuis armé d’une répartie cinglante à toute épreuve !

Pourtant, derrière cette façade inaugurale ma foi assez basique se cache un récit beaucoup plus troublant qu’il n’y paraît.

 

 

 

En effet, si l’enquête progresse fortement dans le premier quart du livre, l’intrigue va totalement s’effacer par la suite devant le morne quotidien du héros que l’auteur va s’évertuer à croquer froidement et de façon assez distanciée comme pour accentuer l’aspect dramatique de son existence. Existence gâchée par un deuil paternel jamais véritablement digéré. Une vie entière à détester une mère castratrice. Une carrière de policier avortée. Un quotidien noyé dans l’alcool afin d’atteindre un oubli total de soi.

 

 

 

L’étude de mœurs crucifie le détective qui voguera entre période d’abstinence, excès alcoolique et hospitalisation forcée. Même l’enquête lui échappera totalement. Celle-ci trouvera sa résolution par l’action de quelques personnages secondaires du bouquin. Original non ?

 

 

 

Bien sûr, comme dans tout bon polar, le héros tendra vers une certaine rédemption qui se matérialise ici par une fuite salvatrice vers un Londres fantasmé. Le nouveau Jack Taylor mettra tout de même un point d’honneur à régler les situations latentes au vu des conclusions de l’enquête. Cette scène finale sur la jetée est à haute teneur dramatique.

 

 

 

Pas très attrayant tout cela me direz-vous ! Néanmoins on est touché par les meurtrissures de ce personnage qui admire par dessous tout les polars sur papier. On compatit à sa souffrance mentale et physique. On adhère également à la plume de Bruen qui, pour ne jamais perdre le sens du rythme, agrémente ses débuts de chapitre, soit de petites phrases chocs, soit de paroles de rockeurs inspirés ou encore d’extraits d’œuvre culte de ses pairs, tels des mantras qui dirigerais le mode de vie de son héros, déjà culte dans mon cœur à moi.

 

 

 

Une dernière petite remarque concernant la fine équipe qui accompagne notre enquêteur : sa bande est formée d’une punkette underground et d’un artiste peintre psychopathe sur les bords. Ces deux bras cassés qui sont pourtant « papiergénique » illuminent le livre par leur concours des plus discrets. Encore une singularité !

 

 

 

Moi j’vous l’dis : C’est un très très très grand livre !!!!!

 

 

 

 

 

 

 

Note : 17,5/20