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Titre original : A prayer for Dawn (2004) 276 pages

Pitch :

Dans ce monde chaotique, au milieu d'adultes à la dérive, jaillit la voix innocente de la petite Dawn, neuf ans, dont la vie bascule le jour où son père est accusé d'incitation à la pédophilie. Roman choral, fresque noire et poétique, Prière pour Dawn est le portrait hanté d'une Amérique qui perd ses illusions en même temps qu'une enfant.

 

Avis :

Drôle de périple que de parcourir ces sentiers balisés par le néo écrivain Nathan Singer. La première partie de son roman, la plus jubilatoire selon moi, est un récital polyphonique d’idées, d’impressions, de sentiments et d’observations du monde par un petit microcosme de personnages assez marginaux. Chaque paragraphe est bref et entrecoupé par un clic de souris. Un peu comme si on se trouvait plongé en plein dans un fil d’actualité facebook !

L’ensemble est disparate, confus et totalement barré. Les voix qui s’élèvent vont de l’artiste contemporain incompris à l’anarchiste punk jusqu’au bout des ongles en passant par le jeune ado en manque total de repère affectif. Et le tout semble adoubé par le regard bienveillant de la petite Dawn, d’à peine 7 ans, qui se dépatouille comme elle peut dans cette société graveleuse. Son innocence transparaît dans de gracieux dialogue qu’elle entretient avec l’auteur au sujet de la police d’écriture qu’il utilise quand c’est elle qui s’exprime. On se rendra vite compte qu’une drôle d’aura l’accompagne. Une sorte d’épée de Damoclès, nommée pédophilie, qu’elle a l’air de véhiculer elle-même. Bizarre…

 

Dans la seconde moitié, Singer se la joue plus littéraire en étalant sur plusieurs pages les tranches de vie de ses personnages. Il tente de développer les principaux thèmes que l’on a rencontrés dans la précédente partie. A savoir, l’Amérique post 11 septembre et le pseudo hyper protectionnisme des jeunes enfants.

 

L’entreprise était louable mais force est de constater que le récit souffre de fameuses baisses de régimes, ça et là. Pourtant l’écrivain pose un véritable regard intelligent sur l’American way of life. En réponse à la peur du terrorisme islamiste, l’auteur invente une révolte couvant dans le propre sol étasunien. En effet, les indiens préparent un attentat en vue de détruire le Mont Rushmore dressé sur la terre de leurs ancêtres.

De la même façon, il surprendra un ex-taulard en lui faisant découvrir les mœurs louches de l’intelligentsia artistique.

 

Nathan Singer use de détour afin de nous mettre face aux maux d’une société américaine qui fonce droit dans le mur. Ce pessimisme ambiant laisse un peu trop sur le bas-côté la petite Dawn. En cavale avec son père, elle franchira l’âge adulte prématurément. Il est bel et bien là le gros problème sociétaire, on force les jeunes à entrer de plus en plus tôt dans le monde des Grands.

 

J’avoue être surement passé à côté de certaines subtilités du roman (les personnages qui entendent parfois les pensées des autres protagonistes, la véritable nature de Cecil qui se pose comme une entité maléfique etalter ego de Dawn) mais le sentiment indéniable d'un manque de cohésion ne me quittera pas jusqu'à la dernière page. L’expérience aura été tout de même réjouissante et je suis sûr de reprendre du plaisir à le relire dans quelques années. Auteur à suivre, cela va sans dire.

 

Note : 16/20

 

BER