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Titre original : Priest (2006), 376 pages

Pitch :

"Ivrogne. Petite cinquantaine. Récemment libéré de l'asile psychiatrique. Cherche emploi bien rémunéré." Les choses vont mal pour Jack Taylor. Certes il a arrêté de boire, mais après avoir végété dans un asile psychiatrique, il se retrouve dans les rues d'un Galway qui lui semble inconnu. En quelques mois, tout paraît avoir changé. Jack ne reconnaît plus rien dans cette Irlande en pleine prospérité économique. Taraudé par le remords après la mort de la petite Serena May, il essaie de remettre un peu d'ordre dans sa vie. Il accepte avec réticence d'enquêter sur la mort d'un prêtre retrouvé décapité dans son confessionnal. Dans un pays dont les valeurs vacillent, alors que les scandales pédophiles secouent l'Eglise catholique irlandaise, Jack Taylor va devoir faire face à ses pires démons...

Avis :

Bruen se tient à sa ligne de conduite. Il perpétue le chemin de croix de son héros au sein d’un univers qui perd totalement la tête.

Enfermé dans un asile d’aliéné, Jack Taylor va trouver une brèche providentielle pour quitter cet enfer, pourtant promesse d’un non-retour (« c’est l’endroit où meurent les miracles » ânonne la psychiatre en chef). Cette légère revigoration le verra reprendre son métier de privé. Ce qui le poussera à enquêter sur la décapitation d’un prêtre qui a frayé d’un peu trop près avec ses jeunes ouailles.

La pédophilie dans l’Eglise est un thème très prégnant, actualité oblige, pourla Belgiqueet le peuple irlandais. C’est dans cette atmosphère délétère que l’auteur décortique toujours aussi bien sa société, par l’angle de ses travers les plus sombres. Galway et ses mœurs typiques irish  ne nous seront jamais apparu aussi familier (l’américanisation sociétale, les filles très rentre-dedans, l’alcoolisme social…). C’est surement dû au travail de sape de l’auteur envers les lecteurs de la première heure !

Comme à l’accoutumée, l’enquête passera loin derrière la destinée tragique de cet héros pas comme les autres. Toujours à deux doigts de la replongée spiritueuse, Taylor tente de survivre avec ses nombreux démons (« Je n’ose plus me regarder dans la glace, de peur de voir des tombeaux dans mes yeux »). Le pire d’entre eux est sans nul doute le fantôme de Serena may, sa petite filleule, décédée par sa négligence. Le héros ne s’en remettra sans doute jamais.

Dans cette aventure, il fera plusieurs fois preuve d’une violence extrême. Ces séances sanglantes se solderont, les lendemains, par des bad trip hallucinatoires. Comme si son âme ne supportait pas la personne qu’il est en train devenir. Glaçant.

Plus légèrement, Jack se trouvera affublé d’un fils spirituel, qui ne jure que par lui. Comme rien n’est jamais hasard, cette prétendue légèreté ouvrira encore une faille en lui. Le regret de n’être jamais devenu père…

C’est fou comme le personnage se complexifie de tome en tome. Ce roman est nimbé d’une noirceur insondable. Pourtant le livre ne manque pas d’éléments qui tentent de nuancer le propos. Que ce soit dans le registre pathétique (Jack qui, la nuit, rêve de filer le parfait amour avec une policière lesbienne !) ou quand l’histoire prend des contours plus saugrenus (le dialogue avec un prêtre imbibé dont le premier exorcisme l’a fait abandonner la profession), l’auteur use de bon nombres de ficelles pour enrichir son récit, briguant sans conteste la mention « Grande distinction ».

 

Au final, Bruen fait naître un vent de folie vengeresse dans les dernières pages. On sent clairement que quelqu’un va tirer sur le héros, qui prend cela par dessus la jambe. Et quand le drame survient, on se retrouve abasourdi, à l’instar du précédent tome. Le sang sera versé mais il y aura erreur sur la victime ! Ce dernier événement en date entamera encore plus la fragilité mentale du privé, à n’en pas douter.

Un épisode très très fort malgré une intrigue mineure reléguée au second plan. Une grosse brique noiraude qui éclabousse le lecteur avide de ce genre littéraire. La jubilation ressentie sur le premier épisode est belle et bien de retour !

 

Note : 18/20

Ber