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Titre original : The devil all the time (2011) 369 pages

Pitch:

 De la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Willard Russell, qui a combattu dans le Pacifique, est toujours tourmenté par ce qu'il a vécu là-bas. Il est prêt à tout pour sauver sa femme Charlotte, gravement malade, même s'il doit pour cela ne rien épargner à son fils Arvin... Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et prend de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste.... Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Theodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Avis:

Pollock autopsie l’âme humaine dans son versant le plus sombre. Il nous convie à une chronique macabre dans les années 50-60 de l’Amérique profonde, de part et d’autre des frontières de l’Ohio et de Virginie Occidentale.

Ses personnages, tous des marginaux qui auront du sang sur les mains, s’ébattent dans des milieux ruraux où souvent la foi rime avec une ferveur totalement déglinguée. D’exemples criant, le livre en abonde : ce père qui fait vivre un véritable chemin de croix à son fils dans la prière à outrance (et sacrifice animalier) afin d’éluder l’agonie de la mère, le prêcheur, conseillé par un vil compagnon de route, qui en vient à assassiner sa dulcinée pour prouver ses compétences divines ou encore ce pasteur intérimaire qui débarque avec, dans ses valises, son penchant pour la gent féminine pré pubère. Lorsqu’il traite d’une autre autorité morale, à savoir le sheriff, Pollock nous le sert véreux jusqu’à l’os. Comme si tout était pourri dans ce bas monde. Comme si l’auteur voulait dégager une odeur méphitique, difficilement respirable.

Ce roman, d’une noirceur incroyable, bénéficie d’une écriture resserrée (pas de contemplation, ni de dramaturgie, juste des faits énoncés) et très rigoureuse, le rendant très aisé à la lecture. Sa mécanique diabolique est assumée jusqu’aux dernières lignes sans effet de manche comme pour souligner le côté implacable de ce qui est conté.

Un roman de qualité qui, même s’il ne passionne pas (impossible de s’identifier à un personnage !) réussit à ne jamais baisser de rythme, ni jamais lasser le lecteur fonçant tout droit vers l’inéluctable. Dans ses derniers chapitres, l’auteur se fait se réunir les quelques persos survivants sous le signe de la Grande Faucheuse (rencontre aussi brève soit-elle) de façon assez logique finalement (ils seront pris en stop par les amants assassins). De cette manière le roman se clôturera en bouclant la spirale infernale instiguée par les premiers mots qui ont ouvert le récit.

Note : 15/20

Ber