La_chambre_derobee

Titre original : The locked room (1988), 164 pages

Pitch:

Fanshawe a disparu, laissant derrière lui, à New York, une femme (Sophie), un fils (Ben) et une série de manuscrits dont il veut que le destin soit confié à la discrétion d'un ancien condisciple (le narrateur). Une immense aventure commence sitôt que les pions sont ainsi disposés sur l'échiquier : le narrateur va conduire l'oeuvre de Fanshawe au succès, épouser Sophie, adopter Ben, et... Mais il ne faut pas en dire davantage, la part du mystère n'est pas la moindre chez Paul Auster. Vers la fin de la Chambre dérobée, parlant de Cité de verre, de Revenants et de la Trilogie new-yorkaise qui ainsi s'achève, Paul Auster écrit que les trois récits sont une seule et même histoire considérée à des stades différents de la conscience qu'il a pu en avoir.

Avis:

Même si cette dernière tranche de la trilogie éclaire quelque peu l’œuvre, il faut bien avouer qu’elle nous offre également pas mal de nouveaux questionnements.

On comprend assez vite le fil qui relie les trois fables. C’est tout une réflexion sur l’identité à laquelle on est convié. Quin empruntait l’identité de Paul Auster dans  Cité de verre tandis que le deuxième récit effaçait toute identité de personnages, en les réduisant à une simple couleur. Ici, le narrateur (jamais nommé d’ailleurs) se téléporte dans la vie de Fanshawe, un ami enfance qu’il avait perdu de vue. Ce dernier ayant totalement disparu de la circulation, le héros va investir, sans la moindre préméditation, la vie de ce Fanshawe. Il épousera sa femme et adoptera même le jeune fils de son vieil ami. Tout aurait pu être idyllique mais le héros va sombrer (tiens,tiens…) dans une sorte d’obsession, à savoir mettre la main sur celui qui a décidé délibérément de  disparaître. C’est au travers de ce canevas qu’Auster nous balade allégrement. On se retrouve à tâtons avec très peu d’éléments nous permettant d’anticiper quoique ce soit.

Vers la fin, on apprend que le narrateur n’est autre que l’auteur des deux autres pans de la trilogie. On ne sera donc pas étonné de rencontrer quelques noms connus, faisant écho à certains personnages fictifs rencontrés (par ex : Quin est le nom du détective engagé par l’épouse de Fanshawe). Auster se joue de nous et remet pas mal de chose en perspective via ce stratagème.

L’épilogue sera loin d’être explicite. Le narrateur touchera le fond (entre harcèlement sur un faux Fanshawe et refus de découvrir le fin mot de l’histoire) pour retrouver un (pseudo ?) retour à la normale. Et nous, on se retrouve abandonné dans notre jus, en se demandant si on a lu un polar nihiliste à souhait ou bien une supercherie au élan transcendantal (l’obsession qui continue à s’exorciser à travers les deux premiers récits tel un yo-yo).

Là réside l’art de Paul Auster, nous perdre dans les méandres de son écritures, jamais aléatoires, afin de nous faire passer au delà du récit, quelque part aux confins de toute compréhension.

 

Note : 16/20

Ber