moloch

Publié en 1998, 428 pages

Pitch:

Une maisonnette d'apparence banale, dressée au fond d'un terrain vague. Et toute une équipe de police hébétée, certains pleurant, d'autres hagards, la gorge nouée par le dégoût, la colère ou la honte, tous à songer à ce qu'ils avaient fait une demi-heure plus tôt avant qu'on ne les appelle, avant de traverser cette ruelle labourée par les pelleteuses, avant de s'approcher de ce pavillon et d'en franchir la porte. Avant. Car rien ne serait plus jamais pareil.

Avis: 

A l'instar des orpailleurs, ce livre recèle d'innombrables qualités que ce soit dans sa forme (un récit sobre qui englobe une ribambelle d'acteurs harmonieusement traités dans leur individualité) ou dans son fond (un justicier marginal stigmatisé à vie par les horreurs vues à Goma, les réseaux des pays de l’Est livrant des enfants en pâture).

On est littéralement scotché à ce récit scabreux où toute une équipe policière ne peut qu’observer la croisade meurtrière d'un barbouze SDF soudain investi d'une mission vengeresse. Tout est construit pour nous offrir une histoire toujours sur la corde raide à laquelle va venir se greffer une sombre chronique de maltraitance infantile (un inquiétant syndrome de Münchhausen vécu à travers sa petite fille par une mère déviante). Cette intrigue secondaire est en réalité un second dossier qui échoira dans l'escarcelle du procureur Nadia Lintz. Cela confirmera que l'auteur voulait que son petit bébé ne rencontre pas la moindre éclaircie dans le noir de jais où il barbotait dès les premières lignes.

On excusera volontiers un final un peu abrupt (le sort du justicier est réglé sur une ellipse). Car c’est bel et bien le seul hic pour ce roman qui ne joue jamais la carte sensationnaliste (alors qu’il s’ouvre sur des meurtres d’enfants) mais plutôt en ayant l’intelligence de brouiller les pistes avec son titre évocateur d’une légende biblique qui voyait une ethnie offrir leurs premiers-nés en sacrifice en les jetant dans un brasier

Un roman dense, d'une noirceur de tous les instants mais dont la luminosité poindra dans la grande délicatesse avec laquelle Jonquet traite l'ensemble de ses personnages. Un tour de force !

 

Note : 18,5/20

Ber