Ayerdhal, le français au pseudo norvégien!
Ayerdhal, de son vrai nom Marc Soulier, né le 26 janvier 1959 à Lyon (La Croix-Rousse), est un écrivain français qui a commencé par écrire de la science-fiction avant de se lancer dans le thriller. Il a entre autres obtenu un Grand Prix de l'Imaginaire, un Prix Ozone et un Prix Tour Eiffel.
9. L'appel des morts de Ian Rankin
Titre original : "The naming of the dead" (2006) 638 pages
Pitch:
Juillet 2005, à huit jours du G8. Lors d'un dîner de personnalités politiques au château d'Edimbourg, un député tombe des remparts. La cause de sa mort reste obscure et la Special Branch entrave le travail de la police pour étouffer l'affaire. Mais Rebus compte bien enquêter. De plus, trois violeurs condamnés et récemment sortis de prison sont retrouvés morts. Rebus et Siobhan sont sur l'affaire.
Avis:
Rankin nous en met à nouveau plein la vue. En plaçant son histoire en plein milieu de deux événements marquants pourla GrandeBretagne(le sommet du G8 à Edimbourg et les récents attentats de Londres), l’auteur nous fait vivre de manière ultra réaliste l’enquête alambiquée de Rebus et Siobhan. Entre magouille politicienne, trafic d’arme international et meurtres en séries, l’intrigue passionne de bout en bout sans le moindre temps morts.
On est promené malgré nous dans les affres de l’enquête sans qu’on ait le temps d’analyser véritablement la situation, tant on est pris par le propos. Et comme à tous les coups, on finit par se laisser prendre au sempiternel coup de théâtre (pourtant presque toujours identique chez Rankin) qui voit les deux enquêtent se télescoper ! Ici, on se fait piéger dans les largeurs grâce à d’habiles subterfuges : un personnage à la double identité et un pseudo tueur en série !
Le récit s’intéresse également de plus près à la psychologie de Siobhan. Par la présence de ses parents lors des manifestations altermondialistes, le vernis de quelques failles liées à son enfance se fissure. De même, elle se frottera de près au malfrat omnipotent « Big Ger Cafferty », l’alter ego de Rebus. Elle n’en sortira d’ailleurs pas indemne. Comme pour signifier que c’est bien elle qui prendra la relève de Rebus. En effet, ce segment n’est autre que l’avant dernière aventure de notre inspecteur avant la retraite !
Un grand cru, à n’en pas douter. Etat de fait encore sublimé par un épilogue délétère qui voit ses conclusions ne pas éclater au grand jour. Si Rankin se bonifie comme le bon vin, on peut s’attendre à un coup de maître pour « l’oraison funèbre » de Rebus, annoncée dans le prochain « Exit music »
Note : 18,5/20
Ber
1. Necropolis 1209 de Santiago Gamboa
Publié en 2010, 450 pages
Pitch :
Au sortir d'une longue maladie, un jeune écrivain est invité à un congrès de biographes dans un hôtel de luxe à Jérusalem, métaphore de la ville assiégée par la guerre et sur le point de succomber. Dans ce moderne Décaméron, les vies extraordinaires des participants laissent perplexe le héros de ce tour de force littéraire et stylistique. Il y croise le libraire bibliophile Edgar Miret Supervielle, la star italienne du cinéma porno Sabina Vedovelli, l'entrepreneur colombien Moisés Kaplan, l'éditeur Ebenezer Lottmann, et surtout José Maturana, ex-forçat, ex-drogué, ex-pasteur évangélique, éclairé par la littérature, qui dans la langue puissante des rues les plus sordides raconte l'itinéraire de son sauveur, le charismatique messie latino de Miami. Quelque temps après sa communication, José Maturana est retrouvé mort dans sa chambre, tout semble indiquer un suicide, mais des doutes surgissent : qui était-il vraiment ?
Avis:
Il faut tout de suite avouer que l’ombre de Palahniuk plane outrageusement sur toutes les lignes de ce roman. Que ce soit dans l’écriture très crue et réaliste, dans la présence de nouvelles émaillant le récit ou encore dans le côté ultra marginal de ces héros. Une fois qu’on s’est fait à cette idée, on entre très rapidement dans le bouquin via cet étrange congrès littéraire en plein milieu d’un Jérusalem sous les bombes.
La première moitié du roman est un sans faute avec un postulat intéressant (un des lecteurs se suicide juste après avoir lu un récit ô combien passionnant). Le véritable héros, un auteur effacé et convalescent, se sent investi de l’enquête mais cette dernière aura bien du mal à exister, perdue dans le mélo de nouveaux récit (inégaux d’ailleurs) qui vont casser le rythme du roman.
Mon « lâcher prise » s’est fait progressivement comme si l’essence du roman ne voulait pas se dévoiler à moi. Le désintérêt pur et simple n’était jamais bien loin mais j’ai terminé le bouquin sans passion aucune. Je suis certainement passé à côté de quelque chose durant le voyage. D’ailleurs que symbolise cet Ebenezer, patronyme présent dans chaque histoire apparemment ? C'est en l'écrivant que la réponse vient à moi. Les auteurs glissent opinément ce nom pour flatter l'égo de l'émissaire des éditions Tibériade,la Rolls Royce du milieu à ce qu'on murmure, qui se nomme donc Ebenezer. Gamboa accentue le parrallèe entre la situation désastreuse de la ville et la futilité de ces biographes imbus d'eux-même...
Qu’est ce que je retiens au final ? Deux mini-récits époustouflants (le tout premier déjà évoqué avec son gourou des bidonvilles et celui qui traite d’une évasion spectaculaire d’un pauvre colombien emprisonné par les Farc), une considération finale assez intéressante sur la réalité géographique entre le riche nord et la pauvresse Sud, un suspense qui s’étiole au fil des pages et un ramassis de biographes qui ergotent sur leur futures publications ! Ca sent la moyenne et pas un denier de plus !
Note : 10/20
Ber
Santiago Gamboa
Santiago Gamboa est un écrivain colombien né en 1965 à Bogota. Il a étudié la littérature à l'Université de Bogota puis la philosophie hispanique à Madrid avant decommencer sa thèse de doctorat sur la littérature cubaine à la Sorbonne (thèse qu'il ne terminera pas, trop pris par ses futurs engagements journalistiques). Journaliste pour RFI, correspondant du quotidien El Tiempo, il travaille désormais à l'Unesco.
L'essentiel de son œuvre traduite en français est parue aux Éditions Métailié.
3. Hiver arctique de Arnaldur Indridason
Titre original : Vertrarborgin (2005), 405 pages
Pitch :
Comment peut-on poignarder un enfant ? Au coeur de l'hiver arctique, en Islande, un garçon d'origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait douze ans. Crime raciste ? Le commissaire Erlendur mène l'enquête, s'acharne et s'embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s'obstine à survivre dans une nature hostile. l'absurdité du mal ordinaire lui échappe...
Avis :
Troisième incursion, pour moi, dans le petit monde de l’inspecteur Erlendur. Le meurtre d’un tout jeune garçon, apparemment sur fond de racisme latent, va occuper à temps plein le policier et ses deux collègues, à savoir la secrète Elinborg et Sigurdur Oli qui verra se fendiller sa carapace. En effet, ce retour dans son quartier natal (lieu où le meurtre s’est produit) va le confronter aux souvenirs d’un père peu amène. Souvenirs qu’il partagera malgré lui (il est en pleine crise de couple) avec un Elendur qui aura cette réflexion tout à fait intéressante : « Comment peut-on autant méconnaitre un collègue de travail de longues dates ? ».
L’enquête ronronne quelques peu, sans pour autant ennuyer le moins du monde grâce à une écriture toujours aussi rythmée. On slalomera entre les chasses trappes scénaristiques (l’ombre d’un pédophile, un prof ouvertement raciste, une dispute fratricide) sans véritablement jamais adhérer à l’une ou l’autre théorie. Comme si on savait d’avance que la résolution serait plus banale, rendant l’ensemble ô combien crapuleux. Comme une métaphore de la vie et de son déroulement implacable.
Erlendur se retrouvera lui aussi acculé face à son passé qu’il n’assume toujours pas (sentiment de culpabilité lors de la disparition de son frère). Ce segment est assez réussi pourtant l’élément déclencheur cloche. C’est la fille d’Elendur qui remuera tout cela via un rêve qu’elle aurait fait. Cela tombe un peu comme un cheveu dans le potage, faut bien l’avouer. Et l’appui du frère alcoolo repenti sur les offensives de la fille font un peu sombrer le récit dans une soupe (tiens encore des légumineuses !) psychanalytique afin de complexifier les rapports du héros avec son engeance.
Le retournement de situation final au sujet des étranges appels téléphoniques que recevait Erlendur n’étonne que très peu. Le fait que l’inspecteur suivait deux affaires simultanément (même si la seconde semble anecdotique) confine à ce genre de recoupement inattendu.
Bref ce n’est pas le meilleur épisode de la série même si la lecture se veut aisée sur les 400 pages du roman. Mais il est indéniable de constater que certains défauts émaillent le récit. Ce à quoi le sieur Indridason ne nous avait pas habitués.
Note : 13,5/20
Ber
6. En effeuillant Baudelaire de Ken Bruen
Titre original : Dispatching Beaudelaire (2007) 216 pages
Pitch :
Michael Shaw est un petit-bourgeois ordinaire, comptable sans avenir, ni vraiment de passé. Dans un pub londonien minable, il rencontre Laura. C'est un cataclysme: elle le subjugue et l'entraîne dans un monde peuplé d'êtres loufoques, où se mêlent drogue, sexe et jeux de pouvoir. Pour s'intégrer, Mike est sommé de relever un défi: tuer le père de la jeune femme.
Avis :
Roman tout rikiki mais pourtant je n'ai pas su aller au bout. Derrière un pitch ultra balisé (mais tout de même attrayant pour le fana que je suis!), Ken Bruen ne parvient jamais à m'immerger dans son délire romanesque. Résultat rien ne me paraît crédible et le vulgaire de certains dialogues me dérangent alors fortement. Voilà pourquoi je ne découvrirai jamais la seconde moitié du roman!
Note : 3,5/20
Ber
12. Vierge de cuir de Joe R. Lansdale
Titre original : Leather maiden (2008) 440 pages
Pitch :
Ancien nominé pour le Pulitzer mais viré pour avoir couché avec la femme et la belle-fille de son rédacteur en chef, lâché par sa copine Gabby pendant qu'il faisait le soldat en Irak, Cason Stalter se retrouve dans le bled qui l'a vu naître, Camp Rapture, East Texas, picolant beaucoup et réduit à faire des piges pour le torchon local. La disparition mystérieuse de Caroline Allison, six mois avant son arrivée, semble toutefois prometteuse pour une série d'articles qui le remettrait en selle. Et puis, il y a aussi toute cette agitation autour de la construction d'une école pilote pour les Noirs qui oppose deux prédicateurs, sur fond de racisme comme l'aime tant le Sud...
Avis:
Dernière livraison griffée Lansdale, ce livre a la sympathique idée de se servir, comme toile fond, de Camp Rapture, contrée où l’on a déjà croisé une certaine Sunset dans les années 30(cf Du sang dans la sciure ). D’ailleurs Cason, le héros du bouquin, n’est autre qu’un descendant de la jolie rousse.
Passé ce petit clin d’œil bien senti, fort est de constater que l’auteur a toujours autant de facilité à nous faire pénétrer dans son univers via une écriture simple et remplie de trait d’humour du cru.
Pourtant la suite sera moins folichonne. Dès que l’intrigue est installée et que quelques révélations sont mises à jour sur la véritable identité de Caroline, la disparue, on nage un peu trop dans le sordide. Surtout que le roman, avec sa victime aux mœurs sombres, renvoie directement au chef d’œuvre qu’est le « Dahlia noir » d’Ellroy.
Ensuite les ficelles sont assez apparentes entre la guerre de clocher qui couve entre le pasteur noir et le blanc. On imagine assez vite que cela aura à voir avec le dénouement. Sans parler des rapides soupçons que l’on a sur le statut de décédée de Caroline. Il n’y a rien qui étonne véritablement malgré quelques bonnes idées (le groupes des « explorateurs urbains », le poteau vétéran de la guerre en Irak même s’il arrive un peu trop opportunément). L’ultime scène d’action est aussi loupée
Lansdale gratifiera le récit d’une révélation dans les dernières pages qui, même si elle relève de l’inattendu, n’offre que peu d’intérêt car franchement tirée par les cheveux.
Un roman à oublier pour moi même s’il surnage juste au dessus de la moyenne.
Note : 10,5/20
Ber
1. L'immense obscurité de la mort de M. Carlotto
Titre original: L'oscura immensita della morte (2004) 180 pages
Pich :
Un braquage tourne mal. L’un des voleurs s’échappe avec le butin, sain et sauf, ça ressemble à un miracle. Un miracle cher payé : il laisse derrière lui deux morts innocents et son coéquipier Raffaello, qui écope de la perpétuité. Quinze ans plus tard, Raffaello formule un recours en grâce et demande le pardon de Silvano, père et mari des victimes. Ce dernier, fou de douleur, accepte de pardonner pour mieux se venger.
Avis :
Roman noir par excellence, ce livre épouse, à tour de rôle, les points de vue d’une victime (un gars toujours déchiré par la mort de sa femme et son enfant 15 ans plus tôt) et de l’assassin crapuleux emprisonné qui tente une sortie anticipée pour cause de cancer incurable.
Silvano, tjs hanté par le fantôme de ses proches, va tomber dans une escalade d’actions funestes qui n’arriveront jamais à étancher sa soif de vengeance malsaine. Chantage, faveur sexuelle contre nature ou autre manipulation psychologique, rien n’arrêtera ce Silvano là, sombrant dans un état second perpétuel. il fera même couler le sang (une scène aussi brutale qu’inattendue) attirant l’attention d’un policier chevronné.
Les bad guys de service (le prisonnier et son complice en liberté) passent alors par le statut de victime. Sans oublier aussi la pauvre bénévole qui visite les détenus, dont Silvano va jouer avec les sentiments armé d une ignominie sans nom.
Le roman se veut une sorte de brulôt contre la justice pénale. Une justice qui a bien du mal à assurer une équité quelque soit les parties.
D’une noirceur insondable, le roman se lit pourtant assez aisément tant l’écriture est fluide, sans chichis. Si vous vous sentez capable d’explorer, en compagnie de Silvano, les contours de l’obscurité de la mort (ce sont les ultimes paroles de sa défunte épouse), ce roman ne vous laissera certainement pas de marbre.
Note : 17/20
Ber
Massimo Carlotto
Massimo Carlotto est né à Padoue en 1956. Il vit actuellement à Cagliari (Sardaigne). Très tôt militant au sein du groupe révolutionnaire d’extrême gauche "Lotta continua", il est injustement condamné à 18 ans de réclusion après avoir découvert le corps d'une jeune femme, poignardée de 59 coups de couteau. Il a 19 ans.
L'histoire singulière et douloureuse de Massimo Carlotto se transformera au fil des années (jusqu’en 1993 où il obtient la grâce présidentielle) en véritable cas judiciaire (11 procès, 6 ans de prison, 3 ans de cavale).
Les romans de Massimo Carlotto, tous emprunts de cette injuste expérience, sont en effet narrés dans un style haletant et incisif, constamment cynique, qui pourfend les certitudes morales, idéologiques et comportementales de l'Italie contemporaine.
1. La nuit de l'oracle de Paul Auster
Titre original: Oracle night (2004) 281 pages
Pitch :
Après un long séjour à l'hôpital, l'écrivain Sidney Orr reprend goût à la vie. Mais il est accablé par l'ampleur de ses dettes et par l'angoisse de ne pas retrouver l'inspiration. Un matin, il découvre une nouvelle papeterie au charme irrésistible. Il entre, attiré par un étrange carnet bleu. Le soir même, dans un état second, Sidney commence à écrire dans ce carnet une captivante histoire qui dépasse vite ses espérances. Sans qu'il devine où elle va le conduire, ni que le réel lui réserve les plus dangereuses surprises...
Avis:
Je sors très intrigué de ma première rencontre littéraire avec Auster. Mais intrigué dans le bon sens du terme. Car à première vue, le thème de son livre n'est pas très passionnant. Le quotidien d'un écrivain convalescent en crise de couple n'a pas, au demeurant, les faveurs de mes choix livresques. Pourtant l'écrivain va habiller étonnamment son récit. D'abord par une histoire tout le temps à la lisière du fantastique (sans jamais vraiment d’expertise rationnelle du propos extraordinaire) et ensuite, par le principe du récit dans le récit. Cette deuxième considération est vraiment ébouriffante lorsqu'on se retrouve transporté dans le roman qu'écrit le héros "en direct". Cela devient encore plus singulier quand le propos de la fiction tourne autour d'un manuscrit, avec encore d'autres personnages et une aventure nouvelle. Faut s'accrocher mais l'ensemble reste franchement lisible.
Un autre point fort demeure dans l'écriture qui vogue vers une certaine sophistication qui force le respect car elle reste en dehors de toute prétention
Voilà mon sentiment au sortir de ce roman qui, même s'il n'est pas un chef d'œuvre incontournable, a assez de qualités pour me donner envie d'aller creuser plus profondément dans la biblio de cet auteur réputé.
Note : 15,5/20
Ber










