09 novembre 2009
Delirium Tremens de Ken Bruen
Titre original: The guards (2001) 384 pages
Pitch :
Il n'y a pas de détectives privés en Irlande. Les habitants ne le supporteraient pas. Le concept frôle de trop près l'image haïe du mouchard. Jack Taylor le sait. Viré pour avoir écrasé sciemment son poing sur le visage d'un ministre, cet ancien flic a gardé sa veste de fonction et s'est installé dans un pub de Galway. Son bureau donne sur le comptoir. Il est chez lui, règle des broutilles, sirote des cafés noyés au brandy et les oublie à l'aide de Guinness. Il est fragile et dangereux. Une mère qui ne croit pas au suicide de sa fille de seize ans le supplie d'enquêter. " On l'a noyée " sont les mots qu'elle a entendus au téléphone, prononcés par un homme qui savait. De quoi ne plus dormir. Surtout si d'autres gamines ont subi le même sort. Surtout si la police classe tous les dossiers un par un...
Avis :
Waouh ! Je suis encore tout ébouriffé de la rapidité avec laquelle je me suis fait happer par ce bouquin à la coloration toute irlandaise. Le stratagème est pourtant archiconnu : un privé retors et imbibé faisant face à une enquête sordide fonce tête baissée vers les ennuis armé d’une répartie cinglante à toute épreuve !
Pourtant, derrière cette façade inaugurale ma foi assez basique se cache un récit beaucoup plus troublant qu’il n’y paraît.
En effet, si l’enquête progresse fortement dans le premier quart du livre, l’intrigue va totalement s’effacer par la suite devant le morne quotidien du héros que l’auteur va s’évertuer à croquer froidement et de façon assez distanciée comme pour accentuer l’aspect dramatique de son existence. Existence gâchée par un deuil paternel jamais véritablement digéré. Une vie entière à détester une mère castratrice. Une carrière de policier avortée. Un quotidien noyé dans l’alcool afin d’atteindre un oubli total de soi.
L’étude de mœurs crucifie le détective qui voguera entre période d’abstinence, excès alcoolique et hospitalisation forcée. Même l’enquête lui échappera totalement. Celle-ci trouvera sa résolution par l’action de quelques personnages secondaires du bouquin. Original non ?
Bien sûr, comme dans tout bon polar, le héros tendra vers une certaine rédemption qui se matérialise ici par une fuite salvatrice vers un Londres fantasmé. Le nouveau Jack Taylor mettra tout de même un point d’honneur à régler les situations latentes au vu des conclusions de l’enquête. Cette scène finale sur la jetée est à haute teneur dramatique.
Pas très attrayant tout cela me direz-vous ! Néanmoins on est touché par les meurtrissures de ce personnage qui admire par dessous tout les polars sur papier. On compatit à sa souffrance mentale et physique. On adhère également à la plume de Bruen qui, pour ne jamais perdre le sens du rythme, agrémente ses débuts de chapitre, soit de petites phrases chocs, soit de paroles de rockeurs inspirés ou encore d’extraits d’œuvre culte de ses pairs, tels des mantras qui dirigerais le mode de vie de son héros, déjà culte dans mon cœur à moi.
Une dernière petite remarque concernant la fine équipe qui accompagne notre enquêteur : sa bande est formée d’une punkette underground et d’un artiste peintre psychopathe sur les bords. Ces deux bras cassés qui sont pourtant « papiergénique » illuminent le livre par leur concours des plus discrets. Encore une singularité !
Moi j’vous l’dis : C’est un très très très grand livre !!!!!
Note : 17,5/20
06 novembre 2009
Ken et Barbie ? Ah non, Ken Bruen !!!!!!!
Ses livres sont d’une noirceur totale régulièrement traversée par les éclairs d’un humour fracassant. Ken Bruen, natif de Galway, sourire aux lèvres, a traversé la vie en y prenant bien des coups. Écrivain instantanément reconnu en Irlande dès la sortie de son premier roman, il est, en France, l’émissaire flamboyant d’un percutant renouveau du polar britannique.
Ken Bruen, en toute discrétion, réinvente le roman noir. Son écriture télégraphique insidieusement dense impose des récits où la tendresse n’est jamais loin du chaos. Si les hommes vacillent sous les coups d’un pays en pleine mutation, l’Irlande reste la patrie de Beckett. Bruen, en maître du contraste et de l’absurde, offre avec Jack Taylor une nouvelle figure incontournable du roman noir.
11 octobre 2009
Tape-cul de Joe R. Landale
Titre original : Rumble tumble (1998) 326 pages
Pitch :
Hap Collins se sent vieux, picole et squatte honteusement chez son pote Leonard qui n'en peut plus de ses chaussettes immondes. Le roi de la baston végète dans un job de videur et n'est même pas foutu d'emménager avec sa nouvelle amie pourtant belle comme un coeur. C'est la déprime. Aussi, lorsque sa fiancée lui demande de sortir sa propre fille des pattes d'un maquereau, Hap embarque immédiatement Leonard pour se refaire une santé. Facile pour ces deux-là qui en ont vu bien d'autres ! La promenade, pourtant, tourne au vinaigre. La gosse a été revendue à un gang de bikers totalement fêlés du casque qui campe juste derrière la frontière mexicaine. Un pays charmant sans doute pour les crotales, les tueurs, les fous ou les multinationales. Un enfer pour les autres...
Avis:
Alors voilà le topo. On a en magasin un nain hargneux affublé d’un frère prêtre pyromane de sa propre église, une jeune prostituée retenue contre son gré au Mexique, un tatou égaré proche de la domestication, des indiens d’Amérique enfilant cannette sur cannette et un appareil révolutionnaire qui aspire les chiens de prairie. Ajoutez à cela nos deux compères de toujours qui, pour les beaux yeux de Brett (la compagne de Hap) n’hésitent pas à payer de leur personne pour secourir la brebis égarée de l’infirmière la plus sexy du monde (Brett donc).
Après une obligatoire introduction de la trame, les choses débutent vraiment lors d’une baston en plein lupanar texan. Avec son ton inimitable, Lansdale sublime à nouveaux les scènes d’action de son récit (« Je lui expédiai un violent coup de pied et la pointe de ma chaussure le toucha à la cuisse. J’avais bien visé, juste à l’endroit où les muscles sont groupés »). Le vif du sujet enfin abordé, l’histoire filera telle une locomotive qu’on ne peut plus stopper.
Si on pouvait attendre un climax lors de l’exfiltration de la jeunette en terre mexicaine, celui-ci prendra plus des allures de sueurs froides lors d’un atterrissage étasuniens tout à fait clandestin à bord d’un coucou plus que déboulonnés. Nos héros, déjà pas mal éclopés dans l’aventure, verront de très près la grande faucheuse sur ce coup-là.
Une franche réussite que cet opus qui, s’il n’amène pas de grands bouleversements tant dans la narration que dans le propos, a le mérite de nous déballer de la très bonne marchandise !
Note : 15/20
Ber
07 octobre 2009
Marylin la dingue de Jerôme Charyn
Titre original : Marylin the wild (1974) 247 pages
Pitch :
Le commissaire new-yorkais Isaac Sidel a beau être "Le Plus Grand Flic du Monde", il a des problèmes de famille. Son père, sa mère, sa femme, son frère mènent des existences curieuses. Et voilà que sa fille Marilyn, grande semeuse de maris, s'entiche de Manfred Coen, dit Zyeux-Bleus, l'assistant préféré d'Isaac, son espion de service, son âme damnée. Pendant ce temps, un ver ronge consciencieusement la "Grande Pomme" : la famille Guzmann, extraordinaire tribu de truands confiseurs.Tout le monde manipule tout le monde et Isaac récolte un sacré paquet de linge sale à laver.
Avis :
Une déception pour moi. C'est clair que le personnage de Sidel a un sacré potentiel avec sa mégalomanie toute sympathique, sa famille déglinguée et son informateur noir albinos. Mais l'écriture m'est apparue des plus surannées. J'ai eu l'impression que l'auteur n'insufflait jamais une quelconque folie dans le déroulement des événements. Comme si l'action, moteur de tout bon polar, souffrait d'un cruel manque de mouvement...
J'ai finalement abandonné ma lecture peu après la moitié du bouquin franchie...
Note : 10/20
Ber
Bio de Jerôme Charyn
Jérôme Charyn est né dans le Bronx (1937), quartier New-yorkais qui est partie prenante dans son œuvre littéraire.
Ayant résidé à New York, puis à San Francisco, où il a enseigné, il habite maintenant à Paris.
Il a écrit près de 30 romans parmi lesquels la tétralogie de Isaac Sidel.
Il enseigne l'histoire du cinéma et les canons du roman policier à l'université américaine de Paris.
Ber
01 octobre 2009
Punch créole de Elmore Leonard
Titre original : Rum punch (1992) 371 pages
Pitch :
Un trafiquant d'armes de Miami veut rapatrier clandestinement aux États-Unis l'argent qu'il a placé aux Bahamas. Il charge Jackie Burke, une hôtesse de l'air qui a déjà pas mal d'heures de vol, de rapporter à chacun de ses voyages quelques paquets de dollars. Jusqu'au jour où, arrêtée par des agents du FBI, elle est incarcérée pour importation illégale de devises. Contre sa libération, elle accepte d'aider les fédéraux à coincer le trafiquant (Ordell Robbie). Mais afin de se ménager une autre porte de sortie, elle sympathise avec Max, venu verser sa caution, et lui propose un plan pour gruger police et truand.
Avis :
Je comprends pourquoi Tarantino a choisi cette œuvre de Leonard pour l'adapter au cinéma (Un "Jackie Brown" de haute volée!!!).Ce livre est un nid de dialogues inspirés et l'action habite totalement chaque chapitre. On ne parcourt par le bouquin, on y cavale sans jamais se rendre compte du temps passé. De connaître le métrage au préalable n'a pas entamé le moins du monde mon plaisir de lecture. Si ça ce n’est pas un gage de qualité !
C'était que du bonheur de découvrir quelques nouvelles scènes (toute une intrigue secondaire avec un nazillon qui ouvre le roman avec un Ordell, en bon afro-américain de son état, qui déambule en plein milieu d'un rassemblement anti-noir!). Les personnages, que ce soient les bons ou les méchants, sont croqués magnifiquement, ne laissant jamais indifférent un lecteur conquis.
Du grand Elmore Leonard!
Note : 18,5/20
Ber
05 septembre 2009
Le démon dans ma tête de Jim Nisbet
Titre original : Death puppet (1989) 309 pages
Pitch :
Un livre
- Où l'on apprend en quoi les mœurs particulières des poissons de combat siamois servent à agrémenter les fantasmes érotiques d'un voyageur de commerce et d'une serveuse de café.
- Où l'on rencontre un voyageur de commerce qui fixe - et tient - ses rendez-vous un an à l'avance grâce au démon qui l'habite et qui dispose d'un ordinateur dernier cri.
- Où le vent vous souffle, " Vis, imbécile, parce que tu vas mourir ".
- Où de vieux hippies n'en sont pas vraiment, où les vétérans du Vietnam se reconvertissent dans la récolte et la vente promotionnelle de marijuana à l'échelle internationale
- Où rien ni personne, n'est ce qu'il paraît être, où les démons habitent la Terre, les rochers et les êtres, ces marionnettes de mort venues se perdre là, sans passé ni lendemain.
Avis :
Je ne sais pas pourquoi mais je me retrouve toujours dans la même situation frustrante arrivé à la moitié des bouquins de Nisbet. On a au départ un pitch prometteur suivi d’une présentation plus que jubilatoire des personnages. Dans ce cas-ci on a un gars avec un démon intérieur qui lui file tous les bons plans, une serveuse qui abandonne sa vie de bonniche asservie et deux babas cool qui ne se révèleront pas très beatnik au final. Ensuite le contexte nous apparait des plus réjouissants : imaginez un trafic de marijuana à l’échelle mondiale au départ d’une grange isolée. Malheureusement lorsque les personnages se télescopent dans le fameux contexte, le livre stagne dans un ennui ostentatoire !
Il y a tout de même quelques frémissements scénaristiques dans cette deuxième partie mais dans l’ensemble, elle est bien en dessous du départ en fanfare du bouquin. A l’image de la scène de fusillade finale qui n’en finit plus de ne pas finir !
Note : 12,5/20
Ber
15 août 2009
Nick la galère de George Pelecanos
Titre original : Nick's trip (1993) 380 pages
Pitch :
Serveur au Spot, le bar d'un quartier populaire de Washington D.C., Nick Stefanos passe le plus clair de son temps à servir de l'alcool à des clients grognons. Pourtant, il possède une licence de détective privé, et lorsque Billy Goodrich, un vieux copain d'université avec lequel il a jadis fait les quatre cents coups, lui demande de retrouver sa femme disparue depuis une semaine, Nick se lance à la recherche de la belle Avril. Il trouve sur sa route un obsédé sexuel sadique, éleveur de cochons. Au fur et à mesure qu'il avance, il flaire l'embrouille. Un de ses amis journaliste ayant été retrouvé mort dans son immeuble, en marge de sa première enquête, Nick emprunte une piste déjà froide, que des flics corrompus n'ont pas jugé bon de suivre. Et dans les deux cas, le barman détective fera mouche, efficacement secondé par des policiers durs mais honnêtes.
Avis :
Episode griffé Nick Stefanos se situant juste entre Liquidations et Anacostia (que j'ai déjà chroniqués), Nick la galère possède tous les atouts du polar réussi.
Le perso principal est en pleine phase nostalgique de par la "resurgescence" d'un pote issu d'un passé chaotique et révolu. Ajoutez à cela le meurtre non élucidé d'une de ces connaissances qu'il prendra en charge et le rôle de donneur de sperme pour un couple de lesbiennes et vous comprendrez que le Nick, il ne s'ennuie pas une seconde.
J'ai quand même une petite réserve. Quand l'intrigue trouve sa résolution, le récit tente de rebondir avec un suspense secondaire un peu vain. Celui-ci donnera tout de même naissance à une jubilatoire scène de fusillade.
Encore un bon cru dans la saga du détective d'origine grecque.
Note : 15/20
Ber
11 août 2009
Plus gros que le ventre de Elmore Leonard
Titre original : Swag (1976) 245 pages
Pitch :
A l'usage de son associé Stick, Frank avis mis au point 10 règles pour vivre heureux sans bosser, bien entendu. Dans le nombre, figurait la recette pour rafler celle des grands magasins : il suffisait de coller un revolver sous le nez de la caissière. Ca marchait à tous les coups. Jusqu'au jour où Frank, plus ambitieux, s'est acoquiné avec des Noirs. Alors là, il a compris sa couleur!
Avis :
J'ai trouvé toute la première partie un peu faiblarde mais on retrouve toute la magie de la patte Leonard par la suite. C'est-à-dire quand les embrouilles commencent véritablement. Le final se boit comme du petit lait entre combines crapuleuses et contre- attaques plus ou moins inspirées.
A noter que le personnage de Stick se retrouvera plus tard dans un autre roman qui porte d'ailleurs son nom...
Note : 13,5 / 20
Ber
15 juillet 2009
Juste être un homme de Craig Davidson
Titre oiginal : The fighter (2006) 245 pages
Pitch :
Après le succès d'Un goût de rouille et d'os, le jeune écrivain canadien Craig Davidson ne dément pas sa réputation avec ce roman qui explore l'identité masculine contemporaine à travers le portrait sombre et mélancolique d'une certaine Amérique. Paul Harris mène une existence privilégiée jusqu'au jour où une agression sauvage le pousse à apprendre à se défendre. Rob Tully est un jeune boxeur très doué, sur lequel son père et son oncle ont placé tous leurs espoirs. Trop, sans doute. Tandis que Paul devient obsédé par le culte de son corps et la violence qu'il découvre en lui, Rob tente d'être à la hauteur des attentes qui pèsent sur ses épaules. Aussi différents soient-ils, leurs chemins vont les mener en un lieu clandestin, sans règles ni limites, où des hommes sont prêts à tout donner d'eux-mêmes. Au risque de tout perdre.
Avis :
Dire que c’est un livre coup de poing est un doux euphémisme. Même si le terme « doux » parait totalement incongru dans ce maelstrom de testostérone sur papier. Car c’est bien de cela qu’il est question : la bestialité latente qui réside dans chaque humain porteur de chromosomes XY.
Sur fond de boxe clandestine (celle qui se pratique sans gants et les poings plongés dans le verre pilé) le livre va s’intéresser aux destins croisés de deux personnages qui ne devaient jamais se rencontrer. L’un adolescent et pauvre, trempe dans le milieu pugilistique (la boxe traditionnelle donc) par népotisme tandis que l’autre a la trentaine et est un parvenu installé en haut de la hiérarchie d’une entreprise viticole. Mais une rixe en boîte de nuit va totalement modifier la perception de la vie de ce dernier. Ses nouvelles prérogatives se conjugueront avec des récoltes pénibles de raisins au aurore, de la musculation sous stéroïde et des cours de boxe sur le tard. De ce côté du ring, on est plutôt dans une sorte de déstructuration radicale du mode de vie tandis qu’ au côté opposé, l’adolescent sortira plus discrètement du chemin tracé par son oncle et son père, tous deux ex gloire de la boxe.
C’est bel et bien là qu’on trouve un point d’achoppement entre ces deux destinées à hauteur d’homme. Même si les deux trajectoires sont intéressantes, l’étude des mœurs s’efface toujours devant l’action qui se trouve dépeinte dans toute sa quintessence. La violence respire le vrai, la sueur perle littéralement des pages du livre et les mots semblent même bouger tant l’auteur chorégraphie adroitement les accrochages entre brutes épaisses.
La rencontre finale sera à la hauteur des attentes du lecteur qui s’étonnera d’être déjà arrivé à l’épilogue de l’intrigue tant la lecture est aisée. Une belle ode à la masculinité dans ce qu’elle a de plus féroce. Un roman uppercut avec en filigrane une réflexion sociologique non dénuée de pertinence. J’adhère...
Note : 15,5/20
Ber









