Les lectures de l'Orme

08 mai 2012

4. La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond de S. Brussolo

melan

 

Publié en 2004, 284 pages (paru en 1982 sous le titre "les foetus d'acier" dans une version écourtée)

Pitch :

Femme scaphandrier, Lize Unke appartient à la brigade de police fluviale chargée d'enquêter sur la catastrophe du métro englouti. Qu'est-il réellement arrivé, ce jour-là, quand le plafond du tunnel a crevé, laissant le fleuve s'engouffrer dans le réseau souterrain pour noyer des
kilomètres de galeries, de rames... et des milliers d'usagers ? Bien des années ont passé depuis le drame, mais l'énigme reste entière. On parle de survivants, prisonniers de poches
d'air. Des survivants qui connaîtraient la vérité... mais que personne ne semble pressé de ramener à la surface. La solution du mystère est là, quelque part dans le labyrinthe des tunnels inondés. Lize, qui a perdu sa jeune sœur dans la catastrophe, s'est donné pour mission de faire la lumière sur cette étrange histoire. Décision imprudente s'il en est, car quoi de plus vulnérable qu'un scaphandrier
perdu sous les eaux !

Avis : 

Voilà un Brussolo comme on les aime ! Sa recette ? Une légion de trouvailles scénaristiques et un monde parallèle dépeint de manière clinique et outrancière. On se trouve plongé dans une obscure Allemagne (à en croire les noms barbares des villes) futuriste dont une des cités principales a vu son métro englouti sous les eaux.

La cause ? Acte terroriste selon la version officielle. Officieusement, on parle d’un incident causé par des armes secrètes, dissimulées à la population, dans les réseaux souterrains.

L’héroïne découvrira, via son métier de scaphandrière pour l’état, les affres de la plus grande mystification civile. Elle s’enfoncera illégalement dans les poches d’air, qui se sont naturellement aménagées, pour retrouver une sœur fantomatique, au milieu d’une population dégénérée à force de respirer de l’oxygène vicié.

Brussolo, déjà armé d’un pitch des plus jubilatoires, use de ses légendaires saillies imaginatives pour nous concocter un récit pas piqué des vers. Il invente une nouvelle société dépourvue de mémoire (à cause d’un compresseur d’O2 défectueux) vivant au rythme de marathons sexuels qui se goupillent quand ces êtres sont nourris en air pur à 100%. Ces humains abimés, en vue de préserver leur maigre ressource, ont exilé leurs éclopés dans une zone totalement polluée. No man’s land où la loi est dictée par une mystérieuse surveillante masquée qui rétribue ou puni tout un chacun en fonction de leur action. Quelle inventivité, mes aïeux !

Ca se lit comme du petit lait et le plaisir de lecture n’est jamais feint, et ce, de bout en bout ! Mention spéciale pour l’évocation de l’enfance de Lize. Ses parents, des bohèmes pur jus, ont décidé d’acheter une demeure où venait de se dérouler un horrible crime. Ils n’hésitent pas à profiter de l’aubaine pour créer une sorte de musée macabre rentable (avec de gigantesques statues, disséminées dans chaque pièce, évoquant le déroulé du meurtre). Vous imaginez les démons enfouis dans le for intérieur des deux jeunes sœurs élevées dans pareilles conditions !

Un tout bon Brussolo, que je vous disais…

 

Note : 19/20

 

Ber

 

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18 avril 2012

10. La loi de la cité d'Elmore Leonard

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Titre original : City primeval (1980), 326 pages

Pitch:

Parce qu'il se fait une règle de sortir vainqueur de tout défi, Clement tue sauvagement les deux occupants d'une voiture qui a entravé la circulation sur l'une des nombreuses autoroutes de Detroit. Parce qu'il est le défenseur de la justice, le sergent Raymond Cruz, de la police judiciaire, se lance à la poursuite du meurtrier. Dans la chasse à l'homme qui s'engage, le serviteur de la loi se transforme en justicier implacable et le sens du devoir en désir de vengeance. Crime et châtiment à la façon d'Elmore Leonard, qui signe un roman noir magistral récompensé par le grand prix de littérature policière en 1986.

Avis :

 

Roman type dans la veine Leonardienne. Rien qu'à lire le synopsis, on est en terrain connu : un gangster "à la cool" armé d'une malveillance à toute épreuve face à un policier revêche qui s'est juré de le mettre sous les verrous, depuis qu'il lui a échappé voilà quelques années.

Ce qui démarque un peu le bouquin, c'est que le flic ne se la joue pas en solo mais utilise intelligemment l'appareil policier mis à sa disposition. Le judiciaire, quant à lui, sera bel et bien égratigné  par son laxisme et ses incohérentes subtilités.

La partie de chasse ne souffrira d'aucune baisse de régime et sera agrémentée de la participation d'une avocate qui a maille à choisir son camp et d'une mafia albanaise à l'esprit vengeur.

Rien de véritablement étonnant (cela évoque souvent Jackie brown) mais son efficacité est à l'épreuve des lecteurs de genre les plus tatillons!

Note: 16,5/20

Ber

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07 avril 2012

3. Le murmure des loups de Serge Brussolo

 

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Publié en 1990,  250 pages

Pitch:

Quelle meilleure cachette, au terme d'un hold-up sanglant, qu'un bâtiment condamné, perdu au milieu d'anciens locaux militaires placés sous haute surveillance ?Bien sûr, il vous faudra cohabiter avec les rats, véritables propriétaires des lieux...Etudiant pauvre, Daniel Sarella, lui, s'est fait embaucher dans une société de gardiennage pour gagner un peu d'argent. Et lorsqu'il découvre l'univers ténébreux des vigiles, ces guerriers de la nuit, il se demande s'il a fait le bon choix.Trop tard. On n'entre pas impunément dans ce monde nocturne, peuplé de fantasmes d'autodéfense. Daniel ouvrira même la porte du bâtiment aux rats et découvrira comment la terreur du nucléaire peut amener des tueurs paumés à s'enterrer vivants. Commence alors pour lui une histoire d'amour funèbre dont il aura bien du mal à sortir intact.L'auteur de La Main froide et de La Fille de la nuit est un génie du thriller et de l'angoisse. Mais c'est peut-être aussi, tout simplement, un des vrais romanciers de notre temps, qui nous renvoie à nos hantises : ici la peur ancestrale et très actuelle de la fin du monde, avec toutes les régressions, infantiles et féroces, qu'elle peut provoquer.

Avis:

 

L’enthousiasme m’a un peu quitté sur ce Brussolo-ci. A mon avis, c’est à cause d’une entrée à la matière beaucoup trop descriptive du monde de la nuit découvert par le jeune Sarella. Cette introduction dure près de 100 pages pour un roman qui dépasse à peine le double de feuillets ! Pourtant, ce microcosme n’est pas exempt d’idées ingénieuses (le clair de lune qui blanchit les cheveux, les bruits de la ville insupportables pour les dormeurs en plein jour, la métaphore avec les vampires modernes…)

Passé la moitié du livre, l’action se met vraiment en place (on plonge enfin dans le statut original promis par le quatrième de couverture !) et on découvre enfin une véritable interaction entre personnages.

Malgré ce réel regain d'intérêt, le récit finit par s'enliser dans un ennuyeux récit initiatique d'entrée dans une secte (sujet ô combien rabâché) et finalement, toute l'introspection qui nimbe le héros (ses peurs, son adrénaline d’être hors la loi, son insomnie) se la lit sans déplaisir mais en y restant franchement réfractaire. Comme si épouser, en grande partie, la seule destinée d’un personnage nuit au bouquin et cela laisse peu ou prou de place à l'empathie. On se croirait presque dans un piteux huis-clos mais à ciel ouvert ! Bizarre…

On notera un final tout de même réussi avec une évaporation du cash (pas étonnant avec les sectes) et un héros dans de beaux draps!

Note : 9/20

Ber

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2. Resurgences d'Ayerdhal

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Publié en 2010, 508 pages

Pitch:

Les résurgences sont des eaux d'infiltration qui remontent à la surface. Comme le fantôme d'Anne X revient dans la vie de Stephen, malgré tous les cadavres qu'il a exhumés pour mettre un terme à sa carrière macabre. Comme le grand-père qu'elle a assassiné se rappelle à la mémoire de Naïs au bout d'une lunette de fusil. Comme les trottoirs et les bancs sur lesquels Michel ne dort plus le ramènent à la rue. Les résurgences sont des eaux souvent troubles qui ne sentent jamais très bon. Les héros de Transparences sont de retour dans ce nouveau thriller angoissant et, une fois encore, Ayerdhal met à nu avec une terrible lucidité les rouages secrets de la politique.

Avis: 

L'auteur, grâce aux aficionados acquis lors du premier tome, se permet de commencer son roman de manière hachée sans véritable fil conducteur déchiffrable. Il foisonne son récit par une mise en exposition de diverses situations précises qui ne se corréleront que dans un second temps. Cette manœuvre désarçonne quelque peu pour, finalement, gagner petit à petit l'intérêt du lecteur quand tout finit par s'imbriquer. Voici ces éléments, bien que succinctement énoncés : la mise en lumière d'un sniper hors du commun qui tue, sans coup férir, à des distances ébouriffantes, Bellanger mis en quarantaine par un jeune loup des services secrets qui veut affuter ses crocs et une Nais (véritable identité d’Anne X) paraplégique suite à un attentat perpétré dès les trois premières pages.

Autour de ces trois événements arrêtés va se construire un récit passionnant, toujours complexe sans jamais mettre sur la touche un lecteur qui a les yeux qui pétillent. C'est là l'art d'Ayerdahl, nous asséner une intrigue sophistiquée et chichement documentée, sans perdre son auditoire grâce à une rigueur sans faille. Le seul petit bémol (s'il faut un minimum chipoter), c'est la couleuvre que fait assez vite avaler le héros à l’ensemble de ses supérieurs. Il sort de ses manches une jumelle à Nais afin d’expliquer sa présence dans l’affaire malgré sa mort « officielle » dans l’épilogue de Transparences. J’ai un peu tiqué mais tout ce qui en découlera est parfaitement cimenté par un auteur qui ne lâche rien.

 

Ayerdhal profite de son média comme jamais. Ici, il nous assène un acte de bravoure pernicieux où le tireur d’élite jouera les Houdini dans les sous- sols d’un armateur de Vienne. Là bas, il fomentera une méga révolution des laissés-pour-compte (clochards, sans papiers et autres parias) qui, petit à petit, vont tenter de se rassembler pour mettre à mal la politique actuelle (l’épilogue du livre laissera le lecteur refroidi suite à un acte d’une force assez incroyable). L’auteur en profitera aussi pour explorer un peu la genèse de l’apprentissage guerrier de Nais au Japon. Dans le présent, il nous la rendra encore plus dangereuse, malgré son état de paralysie, via ses talents incroyables d’Hackers (son visage pixellisé qui apparaît sur l’ordinateur de la maitresse de Bellanger est à ranger parmi un des tout grands moments!).

 

Le roman se finit par une course poursuite collégiale du Marksman (le sniper) par tous les services secrets. Cela se terminera à qui créera le plus de chausses trappes. Bellanger usera encore de sa déduction légendaire (mâtinée de centaine d’heures de compulsions de dossiers) pour mettre son camp dans de bonnes dispositions. Pourtant, on en viendra toujours à la même conclusion : Nais a toujours plusieurs coups d’avance !

 

Au final, on ne s’ennuie pas l’ombre d’un instant et on restera un peu circonspect sur le sort ambigu que réservera Nais à son traqueur. Ayerdhal use de perfidie pour maintenir un mystère permanent jusqu’à l’avènement du troisième tome de sa trilogie !

 

Note : 19/20

Ber

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27 février 2012

2. Le chien de minuit de Serge Brussolo

 

Publié en 1994, 189 pages

Pitch :

Rester sur les toits de Los Angeles, défendre son territoire, ne jamais redescendre sur les trottoirs de la déchéance. C'est le credo de gangs vertigineux pour qui les rues sont des canyons à franchir au saut à la perche. Deux clochards, David, un écrivain floué par son éditrice, et Ziggy, un surfer inquiétant, se font accepter dans une de ces bandes rebelles qui ont juré de vaincre le 1224, Horton Street, le plus dangereux des buildings. Celui dont le concierge Dogstone, le Chien de minuit, est le pire ennemi des "escaladeurs" : il les pousse dans le vide ! Pour l'avoir sous-estimé, le leader d'un gang rival y a déjà laissé la peau...

Avis : 

Brussolo continue de m’épater. Partant encore d’une bonne idée (un monde en déchéance voit les moins bien nantis lorgner vers les toits des immeubles comme lieu de vie), l’auteur tisse un récit original et sans bavure, tout en ne dépassant pas les 200 pages. Ce coup de force, il le doit à deux héros hors normes malgré leur statut de clochard : on a l’ex surfer atteint d’une probable tumeur au cerveau, perturbant sporadiquement son équilibre et le gentil lourdeau qui a un talent de conteur scotchant à chaque fois son auditoire.

Ajoutez à cela une mine de bonnes idées (les retraités qui, armés de canne à pêche, scrutent les éventuels escaladeurs d’immeuble, le vétéran du Viet Nam sexagénaire, gardien d’immeuble, qui maintient scrupuleusement son toit inviolé, le saut à la perche en patin à glace pour sauter de toits en toits…) et on obtient une histoire d’anticipation géniale qui a une réelle résonnance dans notre monde actuel (inégalité sociale galopante, insécurité…).

L’auteur ne relâche jamais son attention pour nous livrer une œuvre au contours parfait : de l’oxygénation accrue due à l’altitude des toitures, on finit l’aventure dans le confinement le plus total.

Des expériences pareilles, j’en redemande !

Note : 19/20

Ber

 

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15 février 2012

7. La main droite du diable de Ken Bruen

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Titre original : Priest (2006), 376 pages

Pitch :

"Ivrogne. Petite cinquantaine. Récemment libéré de l'asile psychiatrique. Cherche emploi bien rémunéré." Les choses vont mal pour Jack Taylor. Certes il a arrêté de boire, mais après avoir végété dans un asile psychiatrique, il se retrouve dans les rues d'un Galway qui lui semble inconnu. En quelques mois, tout paraît avoir changé. Jack ne reconnaît plus rien dans cette Irlande en pleine prospérité économique. Taraudé par le remords après la mort de la petite Serena May, il essaie de remettre un peu d'ordre dans sa vie. Il accepte avec réticence d'enquêter sur la mort d'un prêtre retrouvé décapité dans son confessionnal. Dans un pays dont les valeurs vacillent, alors que les scandales pédophiles secouent l'Eglise catholique irlandaise, Jack Taylor va devoir faire face à ses pires démons...

Avis :

Bruen se tient à sa ligne de conduite. Il perpétue le chemin de croix de son héros au sein d’un univers qui perd totalement la tête.

Enfermé dans un asile d’aliéné, Jack Taylor va trouver une brèche providentielle pour quitter cet enfer, pourtant promesse d’un non-retour (« c’est l’endroit où meurent les miracles » ânonne la psychiatre en chef). Cette légère revigoration le verra reprendre son métier de privé. Ce qui le poussera à enquêter sur la décapitation d’un prêtre qui a frayé d’un peu trop près avec ses jeunes ouailles.

La pédophilie dans l’Eglise est un thème très prégnant, actualité oblige, pourla Belgiqueet le peuple irlandais. C’est dans cette atmosphère délétère que l’auteur décortique toujours aussi bien sa société, par l’angle de ses travers les plus sombres. Galway et ses mœurs typiques irish  ne nous seront jamais apparu aussi familier (l’américanisation sociétale, les filles très rentre-dedans, l’alcoolisme social…). C’est surement dû au travail de sape de l’auteur envers les lecteurs de la première heure !

Comme à l’accoutumée, l’enquête passera loin derrière la destinée tragique de cet héros pas comme les autres. Toujours à deux doigts de la replongée spiritueuse, Taylor tente de survivre avec ses nombreux démons (« Je n’ose plus me regarder dans la glace, de peur de voir des tombeaux dans mes yeux »). Le pire d’entre eux est sans nul doute le fantôme de Serena may, sa petite filleule, décédée par sa négligence. Le héros ne s’en remettra sans doute jamais.

Dans cette aventure, il fera plusieurs fois preuve d’une violence extrême. Ces séances sanglantes se solderont, les lendemains, par des bad trip hallucinatoires. Comme si son âme ne supportait pas la personne qu’il est en train devenir. Glaçant.

Plus légèrement, Jack se trouvera affublé d’un fils spirituel, qui ne jure que par lui. Comme rien n’est jamais hasard, cette prétendue légèreté ouvrira encore une faille en lui. Le regret de n’être jamais devenu père…

C’est fou comme le personnage se complexifie de tome en tome. Ce roman est nimbé d’une noirceur insondable. Pourtant le livre ne manque pas d’éléments qui tentent de nuancer le propos. Que ce soit dans le registre pathétique (Jack qui, la nuit, rêve de filer le parfait amour avec une policière lesbienne !) ou quand l’histoire prend des contours plus saugrenus (le dialogue avec un prêtre imbibé dont le premier exorcisme l’a fait abandonner la profession), l’auteur use de bon nombres de ficelles pour enrichir son récit, briguant sans conteste la mention « Grande distinction ».

 

Au final, Bruen fait naître un vent de folie vengeresse dans les dernières pages. On sent clairement que quelqu’un va tirer sur le héros, qui prend cela par dessus la jambe. Et quand le drame survient, on se retrouve abasourdi, à l’instar du précédent tome. Le sang sera versé mais il y aura erreur sur la victime ! Ce dernier événement en date entamera encore plus la fragilité mentale du privé, à n’en pas douter.

Un épisode très très fort malgré une intrigue mineure reléguée au second plan. Une grosse brique noiraude qui éclabousse le lecteur avide de ce genre littéraire. La jubilation ressentie sur le premier épisode est belle et bien de retour !

 

Note : 18/20

Ber

 

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08 février 2012

3. Triangle Rose (bd) de Michel Dufranne

 

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Pitch:

Dessinateur de publicité et professeur de dessin, Andreas est homosexuel. Pas une "grande folle" travestie mais un homosexuel discret, joyeux et romantique, dans le Berlin des années 30. Mais la peste brune envahit peu à peu les rues, la cité, les institutions. Des lois sont promulguées. Andreas fait l'expérience de la violence, physique ou morale. On l'envoie en prison du fait de sa préférence sexuelle, puis dans un camp de concentration. Survivant aux mauvais traitements, la libération et l'après-guerre ne lui apporteront pas plus de repos. Fait prisonnier de droit commun, un nouveau combat s'engage pour sa réhabilitation. Ce combat, qui semble perdu d'avance, se gagnera par la résignation et la trahison de son identité. Comme beaucoup d'autres homosexuels, il travestira son histoire, se dira " triangle rouge " ; se conformera à la société civile en se mariant avec une lesbienne et éduquera l'enfant qu'elle eut (de force) avec un sous-officier nazi. Malgré le refoulement nécessaire, en état de survie durant de si longues années, Andreas n'oubliera jamais qu'il fut l'un des leurs. Devant les interrogations de son petit-fils, Andreas se livre enfin...

Avis: 

Michel Dufranne, honorable chroniqueur du Noir sur l'émission littéraire ertébéenne, ravive la mémoire d'un survivant des camps de concentration et, par la même occasion, met en lumière une tragédie méconnue de la majorité d'entre nous. On est dans les années 30 et les nazis montent petit à petit au pouvoir. Cette atmosphère, tout en déliquescence, est bien rendue par un récit très sobre qui suit une ligne de conduite rigoureuse, nous menant vers quelque chose d'inéluctable. Ce qui est troublant, c'est la légèreté de la bande de jeunes amis face au nazisme galopant. Et ce ne sont pourtant pas de sombres idiots mais bien des jeunes hommes avec des discussions politiques tout à fait réfléchies. Il faut bien louer l’entreprise des auteurs qui nous ouvrent les yeux sur le vécu du peuple allemand à l'aube de l'avènement d'Hitler. Didactique et flippant !

Toujours avec la même adresse, Dufranne crée un schisme entre la jeunesse de 2005 qui vient trouver le vieil homme en fanfaronnant ("il a survécu au camp ton grand père mais comme prisonnier au moins?") et l'horreur vécue par Andreas et sa bande lorsqu'il avait le même âge.

Du point de vue visuel, le passage à la couleur sépia lors du flashback est très efficace tandis que le dessin de Vicanovic est au diapason de la sobriété du récit (si l’on veut chipoter, on peut reprocher quelques quiproquos de personnages à cause de visages ressemblants lors de scènes de groupe).

Voilà, un grand moment de bd in fine. Une véritable découverte historique dans mon chef, et dieu sait que ce sujet sensible était omniprésent dans mon cursus scolaire. Ce qui justifie pleinement les projecteurs que je dirige vers ce bouquin, commis par trois artistes (Christian Lerolle, le coloriste, est le troisième larron derrière ce Triangle rose)

 

Ber

 

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31 janvier 2012

1. Transparences de Ayerdhal

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Publié en 2004, 604 pages

Pitch :

Elle tue sans hésiter, réagissant à tout ce qu’elle considère comme une agression sexuelle ou une simple atteinte à sa liberté. Ses actes sont toujours spontanés, brefs et extrêmement efficaces. Elle disparaît ensuite sans laisser de trace ni souvenir précis aux éventuels témoins… Qui est Anne X, meurtrière à douze ans de ses parents et d’un couple d’amis, soupçonnée depuis lors de près d’un millier de meurtres ? Criminologue québécois installé à Lyon, où il travaille pour Interpol, Stephen va de surprise en surprise au fur et à mesure qu’il explore son dossier. D’autant que l’implacable tueuse intéresse au plus haut point les services secrets de différents pays…

Avis:

C’est un grand thriller d’espionnage qui m’a accompagné ces dernières semaines. Armé d’une rigueur d’écriture incroyable (on sent la documentation en aval sur les services secrets internationaux), Ayerdhal nous offre un récit passionnant de bout en bout. Son héros entre directement dans le panthéon des iconoclastes. Ce profiler québécois, qui masque son accent, est dès la première seconde du livre attachant : il n’a qu’un seul ami (un SDF !), fait chavirer toutes les femmes sans le savoir et fréquente quotidiennement les endroits les plus saugrenus (un bar-resto repris par une ex-maquerelle et ses filles apr ex.).

L’étrange tueuse qu’il poursuit est, quant à elle, habillée d’une aura incroyable. Son côté imprenable épouse les frontières de la science-fiction via son « pouvoir » de passer inaperçue en toute situation ! Elle rendrait les caméras myopes et affecterait le mémoire des gens qui la côtoierait de trop près.

Au-delà de tout le passionnant jeu de dupe entre les services secrets (collusion entre services, manipulations intestines, maquillages de meurtres, détentions d’informations primordiales par les amerloques…), le livre est surtout captivant par la relation entre le héros et la criminelle. Car les deux personnages vont littéralement se métamorphoser au contact l’un de l’autre. Si Stephen sombrera dans une obsession teintée de paranoïa, Anne va montrer plus qu’un soupçon d’humanité malgré sa blessure enfantine qui ne guérira jamais.

Ayerdhal tient magnifiquement les reines de son récit avec un bestiaire riche de personnages (un savant fou allemand, une espionne en plein Alzheimer, une copycat liée au service secret…) disséminés à travers l’Europe (Stephen voyagera entre Lyon, Berlin etla Grèce). L’auteur n’hésite pas à se jouer de nous grâce à sa tueuse « transparente ». Il nous envoie une grosse balise au milieu du livre en nous offrant sur un plateau d’argent des soupçons sur la véritable identité d’une ex-conquête du héros (« j’ai passé la nuit avec une fille dont je ne me souviens même plus le nom »). Mais cette manœuvre était à dessein ! C’était pour mieux nous détourner l’attention car on apprendra qu’Anne s’était déjà camouflée derrière un protagoniste de l’aventure bien avant ! Bluffant !

Pour essayer de trouver un mini défaut, je pourrais peut être émettre une réserve sur la trop grande ambition de l’histoire qui voudrait embrasser une trop grande partie de l’histoire américaine allant du meurtre de Kennedy aux attentats du 11 septembre. Mais peut être réviserai-je ce jugement lorsque j’aurai lu l’ensemble de la trilogie.

Résurgences,le tome 2, est déjà dans les starting-blocks de mes futures lectures !

Note : 19/20

 

Ber

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19 décembre 2011

Ayerdhal, le français au pseudo norvégien!

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Ayerdhal, de son vrai nom Marc Soulier, né le 26 janvier 1959 à Lyon (La Croix-Rousse), est un écrivain français qui a commencé par écrire de la science-fiction avant de se lancer dans le thriller. Il a entre autres obtenu un Grand Prix de l'Imaginaire, un Prix Ozone et un Prix Tour Eiffel.

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9. L'appel des morts de Ian Rankin

 

appel

 

Titre original : "The naming of the dead" (2006) 638 pages

Pitch:

Juillet 2005, à huit jours du G8. Lors d'un dîner de personnalités politiques au château d'Edimbourg, un député tombe des remparts. La cause de sa mort reste obscure et la Special Branch entrave le travail de la police pour étouffer l'affaire. Mais Rebus compte bien enquêter. De plus, trois violeurs condamnés et récemment sortis de prison sont retrouvés morts. Rebus et Siobhan sont sur l'affaire.

Avis:

Rankin nous en met à nouveau plein la vue. En plaçant son histoire en plein milieu de deux événements marquants pourla GrandeBretagne(le sommet du G8 à Edimbourg et les récents attentats de Londres), l’auteur nous fait vivre de manière ultra réaliste l’enquête alambiquée de Rebus et Siobhan. Entre magouille politicienne, trafic d’arme international et meurtres en séries, l’intrigue passionne de bout en bout sans le moindre temps morts.

On est promené malgré nous dans les affres de l’enquête sans qu’on ait le temps d’analyser véritablement la situation, tant on est pris par le propos. Et comme à tous les coups, on finit par se laisser prendre au sempiternel coup de théâtre (pourtant presque toujours identique chez Rankin) qui voit les deux enquêtent se télescoper ! Ici, on se fait piéger dans les largeurs grâce à d’habiles subterfuges : un personnage à la double identité et un pseudo tueur en série !

 

Le récit s’intéresse également de plus près à la psychologie de Siobhan. Par la présence de ses parents lors des manifestations altermondialistes, le vernis de quelques failles liées à son enfance se fissure. De même, elle se frottera de près au malfrat omnipotent « Big Ger Cafferty », l’alter ego de Rebus. Elle n’en sortira d’ailleurs pas indemne. Comme pour signifier que c’est bien elle qui prendra la relève de Rebus. En effet, ce segment n’est autre que l’avant dernière aventure de notre inspecteur avant la retraite !

Un grand cru, à n’en pas douter. Etat de fait encore sublimé par un épilogue délétère qui voit ses conclusions ne pas éclater au grand jour. Si Rankin se bonifie comme le bon vin, on peut s’attendre à un coup de maître pour « l’oraison funèbre » de Rebus, annoncée dans le prochain « Exit music »

Note : 18,5/20

Ber

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