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Pitch:

Dessinateur de publicité et professeur de dessin, Andreas est homosexuel. Pas une "grande folle" travestie mais un homosexuel discret, joyeux et romantique, dans le Berlin des années 30. Mais la peste brune envahit peu à peu les rues, la cité, les institutions. Des lois sont promulguées. Andreas fait l'expérience de la violence, physique ou morale. On l'envoie en prison du fait de sa préférence sexuelle, puis dans un camp de concentration. Survivant aux mauvais traitements, la libération et l'après-guerre ne lui apporteront pas plus de repos. Fait prisonnier de droit commun, un nouveau combat s'engage pour sa réhabilitation. Ce combat, qui semble perdu d'avance, se gagnera par la résignation et la trahison de son identité. Comme beaucoup d'autres homosexuels, il travestira son histoire, se dira " triangle rouge " ; se conformera à la société civile en se mariant avec une lesbienne et éduquera l'enfant qu'elle eut (de force) avec un sous-officier nazi. Malgré le refoulement nécessaire, en état de survie durant de si longues années, Andreas n'oubliera jamais qu'il fut l'un des leurs. Devant les interrogations de son petit-fils, Andreas se livre enfin...

Avis: 

Michel Dufranne, honorable chroniqueur du Noir sur l'émission littéraire ertébéenne, ravive la mémoire d'un survivant des camps de concentration et, par la même occasion, met en lumière une tragédie méconnue de la majorité d'entre nous. On est dans les années 30 et les nazis montent petit à petit au pouvoir. Cette atmosphère, tout en déliquescence, est bien rendue par un récit très sobre qui suit une ligne de conduite rigoureuse, nous menant vers quelque chose d'inéluctable. Ce qui est troublant, c'est la légèreté de la bande de jeunes amis face au nazisme galopant. Et ce ne sont pourtant pas de sombres idiots mais bien des jeunes hommes avec des discussions politiques tout à fait réfléchies. Il faut bien louer l’entreprise des auteurs qui nous ouvrent les yeux sur le vécu du peuple allemand à l'aube de l'avènement d'Hitler. Didactique et flippant !

Toujours avec la même adresse, Dufranne crée un schisme entre la jeunesse de 2005 qui vient trouver le vieil homme en fanfaronnant ("il a survécu au camp ton grand père mais comme prisonnier au moins?") et l'horreur vécue par Andreas et sa bande lorsqu'il avait le même âge.

Du point de vue visuel, le passage à la couleur sépia lors du flashback est très efficace tandis que le dessin de Vicanovic est au diapason de la sobriété du récit (si l’on veut chipoter, on peut reprocher quelques quiproquos de personnages à cause de visages ressemblants lors de scènes de groupe).

Voilà, un grand moment de bd in fine. Une véritable découverte historique dans mon chef, et dieu sait que ce sujet sensible était omniprésent dans mon cursus scolaire. Ce qui justifie pleinement les projecteurs que je dirige vers ce bouquin, commis par trois artistes (Christian Lerolle, le coloriste, est le troisième larron derrière ce Triangle rose)

 

Ber